Le fondateur des BigBoss revient sur un mois de septembre dense, avec 10 événements organisés. Il évoque également les difficultés des grands salons BtoB.

JDN. Dans une interview au JDN, réalisée avant les BigBoss Summer Edition, vous annonciez miser sur le mois de septembre pour relancer une activité pénalisée par la crise du coronavirus. Qu’en a-t-il été ?

Hervé Bloch est le fondateur de Digilinx. © NonStoprod

Hervé Bloch. Le mois de septembre a été très dense comme attendu. Nous avons réalisé pas moins de 10 événements sur la période, ce qui nous a permis de compenser une partie de la perte d’activité. Le tout, bien évidemment dans le respect strict des gestes barrières, avec prise de température des participants au début des événements puis masques en permanence et gel hydro-alcoolique à discrétion. C’était, au début, un peu étrange de tous se retrouver masqués et protégés par des séparateurs mais les participants s’y sont faits. Tout va bien, nous recrutons d’ailleurs 10 personnes, commerciaux et growth marketers, pour alimenter cette croissance. Bien sûr, cette crise du coronavirus change un peu les choses. Là où, par le passé, nous avions besoin de 120 inscrits pour avoir 100 décideurs le jour J, il nous en faut plutôt 150.

Quid de la digitalisation de vos formats ?

10 à 15% des inscrits privilégient désormais une participation en ligne. Aussi, tous nos événements sont devenus hybrides, même si le présentiel reste indispensable à la bonne marche de notre format. Car un prestataire ne vient pas pour rencontrer uniquement des gens sur rendez-vous. C’est toute une partie de son business qui se négocie à côté, dans les moments plus informels, les pauses café, déjeuner ou dîner. 50% des 250 participants de la Summer Edition nous ont d’ailleurs dit qu’ils préféraient un format 100% physique à l’avenir. Ils ne sont que 3% à avoir évoqué une format purement digital et 47% à vouloir opter, en revanche, pour un mix des deux. J’ai vraiment la conviction que l’animation d’une communauté tout au long de l’année passe par la création de rendez-vous physiques. Le digital ne saurait être le seul canal de contact.

Paris vient d’être placé en zone d’alerte maximale. Est-ce que cela va avoir des conséquences pour le mois d’octobre ?

Nous avons évidemment lu l’arrêté préfectoral avec attention mais rien ne changera. La jauge reste fixée à 1 000 personnes au maximum, or nous organisons des événements qui en réunissent entre 20 et 200. La seule vraie nouveauté, c’est que les événements sous chapiteaux ne sont plus autorisés mais, ici encore, nous ne sommes pas concernés. Nous continuerons donc à réaliser nos événements dans le strict respect des gestes barrières.

Qu’en est-il de la Winter Edition, qui se tiendra du 11 au 13 décembre prochain et devrait réunir près de 600 personnes ?

“80% des prestataires de la Winter Edition nous ont déjà confirmé leur venue, de même que 70% des participants”

80% des prestataires nous ont déjà confirmé leur venue, de même que 70% des participants. Des ratios supérieurs à ceux de l’année dernière, à la même période. Sans doute, parce qu’il y a un besoin chez pas mal de participants, de se retrouver physiquement, mais aussi de préparer 2021 après une année difficile. Nous planchons actuellement sur une méthode pour tester tout le monde avant l’événement. Nous devrions faire appel à une trentaine d’infirmières pour pouvoir effectuer des tests salivaires, avant que les participants ne montent dans le train. Cela sera un crève-cœur de devoir en refouler à ce moment-là, parce que leur test est positif, mais c’est dans l’intérêt de tous !

Le numéro trois mondial des Salons, Comexposium, a décidé de se mettre sous la protection d’une procédure de sauvegarde par “manque de visibilité”. Le secteur de l’événementiel BtoB est-il en danger ?

Le lobbying du secteur a vraiment bien fonctionné, en faisant prendre conscience aux politiques que c’étaient 400 000 emplois directs et indirects qui en dépendaient. Emmanuel Macron, qui était présent au forum annuel BPI France Inno Génération), a d’ailleurs rappelé l’importance de maintenir ce type de formats dès lors qu’il rassemble moins de 1 000 personnes. Les centres commerciaux sont encore ouverts, pourquoi il en serait différemment pour nos événements ? La relance passe par nos événements car elles permettent aux décideurs d’optimiser leur digitalisation et aux prestataires de signer des nouveaux deals. Certains d’entre eux réalisent entre 30 et 50% de leur chiffre d’affaire grâce au format BigBoss.

“La crise du coronavirus a mis en lumière une réalité douloureuse : les salons BtoB n’ont plus de raison d’être car on n’y fait plus de business”

Ceci étant dit, je pense que la crise du coronavirus n’a fait que mettre en lumière une réalité douloureuse : les salons BtoB n’ont plus de raison d’être car on n’y fait plus de business. Au-delà du problème sanitaire, cela fait déjà un moment que l’on sait que les décideurs n’ont plus envie de venir sur les gros événements. Ils sont perdus dans la masse, ne savent pas où aller et n’en tirent, au final, pas grand-chose. Un décideur a peu de temps et a besoin d’être pris en charge de A à Z comme nous le faisons avec une kyrielle de petits événements qui font se réunir des décideurs triés sur le volet, dans toutes les fonctions support.

Les géants du secteur en ont conscience. Et Comexposium, que vous évoquez, a lancé une formule One to One qui fait se rencontrer prestataires et décideurs. Mais ces géants sont dans le même temps englués dans des événements de moins en moins populaires, qu’ils n’osent pas sacrifier car ils rapportent encore. On voit par exemple qu’un événement comme Paris Retail Week est en train de mourir à petit feu. Comexposium a d’ailleurs dû se résoudre à y réunir les événements Equipe Mag et Convention Ecommerce. De la même manière, un autre acteur important, Tarsus, a fusionné ses événements emarketing et stratégie client pour réduire les coûts logistiques…