Contre un reconfinement qu’il juge trop contraignant pour des commerces déjà affaiblis, le président du Medef exhorte à trouver un meilleur équilibre entre économie et santé pour limiter la casse des entreprises.

JDN. Après deux mois de confinement au printemps, dans quel état sont les entreprises en ce début de reconfinement ?

Geoffroy Roux de Bézieux est le président du Medef. © R.Meigneux – Medef

Geoffroy Roux de Bézieux. Les entreprises étaient reparties assez fortement, excepté quelques secteurs durablement touchés comme l’événementiel, l’hôtellerie, le transport aérien… Mais le coup de massue du reconfinement va avoir un impact très fort, car les entreprises sont globalement affaiblies. Le confinement nouvelle version est certes moins dur puisqu’il laisse une partie plus importante de l’économie travailler, mais tous les commerces fermés représentent 12% du PIB. Si cette situation dure un mois, cela représente 1 point de croissance sur l’année, c’est-à-dire 35 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent les aides de l’Etat de 15 milliards, on atteint donc 50 milliards. Et si cela dure deux mois, ça double. Et sans parler de l’impact psychologique qui est difficile tant pour les salariés et les chefs d’entreprise que les investisseurs.

Le gouvernement a-t-il eu raison de reconfiner ?

Nous sommes bien sûr conscients de la situation pandémique, mais la plupart des grands pays ne ferment pas leurs commerces. Nous avons un très fort tissu de commerces indépendants et de franchises en France. Et pour qu’un confinement marche il faut qu’il soit accepté. Or, ce n’est pas le cas. Je suis d’accord qu’il est difficile de demander la réouverture des restaurants dans la situation actuelle car y a un risque sanitaire. Mais le bon équilibre serait de concilier sécurité sanitaire et ouverture des commerces.

Les dispositifs d’aide aux entreprise mis en place par le gouvernement sont-ils suffisants ? Que faudrait-il faire de plus ?

Ce n’est jamais suffisant quand on est au bord de la ruine. Surtout que tout n’est pas couvert : les loyers, les frais fixes, ou les entreprises de plus de 50 salariés ne sont pas concernées… Mais les aides ne sont pas une solution durable, le travail si.

“L’interdiction de la vente de produits non essentiels par les grandes surfaces est dans une absurdité manifeste”

Que pensez-vous de la polémique sur l’interdiction de la vente de produits non essentiels par les grandes surfaces ? Les marketplace web devraient-elles être soumises à même enseigne ?

On est dans une absurdité manifeste ! L’argument de l’iniquité de concurrence est réel entre petites commerces et grandes surfaces. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a un troisième acteur qui n’est pas fermé, Amazon, et les autres plateformes de vente en ligne. Pour moi, la seule bonne solution est d’autoriser tout le monde à vendre. Si cette interdiction ne dure qu’un mois, on va s’en remettre, mais on sait que le virus ne va pas disparaître en novembre. Il faut donc trouver une solution pour vivre avec. Commençons donc par rouvrir les commerces le 12 novembre dans des conditions de sécurité sanitaire optimales. 

Si les indicateurs sont bons, faut-il également revoir dans 15 jours le 100% télétravail pour les activités qui le permettent et revenir à un nombre minimal de jours de télétravail par semaine ?

Cette situation de travail à domicile est légitime dans le cadre de la pandémie. Le gouvernement nous a demandé le télétravail obligatoire à 100% sur tout ce qui est télétravaillable, mais ce n’est pas toujours simple car certaines personnes ont besoin de venir sur leur lieu de travail de temps en temps. Bien sûr, le Medef est favorable au développement du télétravail. Mais il faut comprendre que nous ne sommes pas dans un cadre de télétravail normal, mais de travail à domicile. Ce n’est pas les mêmes conditions. On ne choisit pas le travail à domicile, le télétravail si.

Le Medef organise le 10 novembre la Ref Numérique, cette crise a-t-elle au moins eu le mérite d’accélérer la digitalisation des entreprises en France, en particulier celle des TPE et PME ?

Oui bien sûr. Ça a été un énorme booster. Cela a commencé par le travail à distance, même si cela a été fait sous la contrainte. Ensuite tous les sites marchands ont bien marché, ce qui a incité les PME et TPE à se développer dans ce domaine. Mais sur le web, “the winner takes it all !”, ce qui crée des monopoles de fait. Et donc cela a renforcé les plus forts. Amazon bien sûr dans le commerce, mais les Gafa de manière générale. Sans parler des problèmes de concurrence fiscale qui ne sont pas réglés… Finalement, la progression n’est pas si forte en termes de business. Raison de plus pour que nous ayons appuyé la décision de Bruno Le Maire de mettre en place prochainement un plan de développement du commerce en ligne. 

La Ref Numérique s’intéressera en particulier cette année à concilier écologie et numérique, pourquoi ?

Le numérique est aux bans des accusés pour sa consommation énergétique. Il faut trouver une solution pour éviter que l’augmentation de la donnée augmente les émissions de CO2. Gardons nous d’opposer écologie et numérique. Et plus largement, il y a un mouvement croissant dans le monde sur le rejet des innovations technologiques, on le voit avec l’arrivée de la 5G. On est du côté de ceux qui pensent que la technologie propose et que les consommateurs disposent. C’est à nous d’en faire un meilleur usage.