Le fondateur et PDG de Cityscoot, qui voit son activité chuter de 60% depuis le reconfinement, reste optimiste sur ses perspectives à moyen terme. 

JDN. Quelle a été votre réaction à ce confinement et quelles conséquences anticipez-vous pour Cityscoot et son secteur d’activité ? 

Bertrand Fleurose est le fondateur et PDG de Cityscoot. © Cityscoot

Bertrand Fleurose. Ma compréhension est que le gouvernement ne peut plus se permettre des mois de confinement. Pour des raisons économiques, il faut que cela s’arrête à un moment. L’Etat a probablement utilisé une de ses dernières cartouches de confinement total. Il ne peut pas aller plus loin au risque de faire s’effondrer l’économie. Si c’est exact, ce ne sont pas les un à trois mois de confinement qu’il nous reste à vivre qui vont remettre en cause notre activité. 

Pour le reste du secteur, il restera un problème structurel et chronique dans les transports en commun. Je pense qu’ils ne retrouveront jamais leurs volumes d’avant. Peut-être 95% un jour, mais pas 100%, car certains passagers ont pris de nouvelles habitudes et ne reviendront pas. Mais au vu des volumes massifs du transport public, une redistribution de seulement 5% de ses passagers signifierait une augmentation potentiellement énorme du marché des services de mobilités. En temps normal, Cityscoot réalise entre 15 et 20 000 trajets par jour, la RATP 4 à 5 millions ! 

Avez-vous adapté votre service depuis l’entrée en vigueur du confinement ? 

Nous n’avons rien changé pour le moment. Le service reste disponible. Nous attendons les premiers jours de cette semaine pour essayer de projeter l’impact que pourrait avoir ce mois de confinement sur l’activité et ajuster la taille des équipes logistiques avec du chômage partiel. Nous n’avons pas changé la taille de notre flotte car cela réduirait l’offre, ce qui pourrait aggraver la baisse de la demande provoquée par le confinement. Car chaque scooter en moins est une zone géographique dans laquelle nous nous privons d’un trajet potentiel. 

Ce second confinement est plus souple que le premier, davantage de personnes étant autorisées à se déplacer. Cela se vérifie-t-il dans vos chiffres, avec une baisse de trajets moins forte qu’au début du premier confinement ? 

“Nous nous attendons à une baisse de notre chiffre d’affaires 2020 de 5 à 10%”

C’est tout à fait le cas. Si l’on prend comme référentiels les lundi 2 et mardi 3 novembre, car le gouvernement a fait preuve de tolérance durant le premier weekend de confinement, nous sommes sur une baisse d’activité d’environ 60% par rapport à la même période l’année dernière. Au printemps, la baisse était de 90%. 

Les services de mobilités avaient mis plusieurs mois à récupérer leurs volumes après le premier confinement et comptaient sur le deuxième semestre pour rattraper l’année 2020. Est-ce désormais impossible ? 

Nous avons réalisé un très bon mois de septembre, d’ailleurs meilleur qu’en 2019. Mais le couvre-feu avait déjà commencé à entamer notre activité et avec ce reconfinement, c’est la douche froide. Jusqu’à il y a encore dix jours, nous espérions réaliser le même chiffre d’affaires qu’en 2019. A présent, nous nous attendons à une baisse de notre chiffre d’affaires 2020 comprise entre 5 et 10% par rapport à l’année dernière. 

Certaines entreprises du secteur risquent-elles d’avoir du mal à faire éponger un nouveau passage à vide par leurs investisseurs ? 

Tout l’enjeu, c’est d’avoir un peu de cash. Je ne crois pas que les investisseurs soient refroidis par ce business model parce qu’il y a eu un confinement. Car les acteurs en sortiront gagnants à moyen terme, notamment avec la redistribution des parts de marché du transport public, même si une partie disparaîtra en raison du télétravail. Je ne crois pas que les investisseurs devraient reculer. Au contraire, c’est une bonne opportunité pour rentrer au capital de start-up à des valorisations attractives, car artificiellement baissées à cause de la crise. 

Bertrand Fleurose est le fondateur et PDG de Cityscoot. Avant de monter la start-up en 2014, il officiait déjà dans le secteur des deux roues, avec deux autres sociétés fondées respectivement en 2006 et 2011 : Scoot Up (réparation de scooters) et Scoot Up loc (location de scooters courte durée).