Le patron de la plateforme de prêts aux PME, qui a déjà octroyé une centaine de PGE, nous en dit plus sur ses relais de croissance pour faire face à la baisse de ses revenus.

JDN. Comment se porte votre activité depuis le début du deuxième confinement ? Est-elle moins impactée puisque l’activité économique n’est pas complètement à l’arrêt ? 

Olivier Goy, fondateur et CEO d’October. © October

Olivier Goy. L’économie n’est pas stoppée avec la même ampleur. Le BTP, les usines continuent de fonctionner. Et les entreprises sont organisées. Cette fois-ci, il y a tous les outils à disposition, que ce soit le PGE (Prêt garanti par l’Etat, ndlr) et le chômage partiel. Il n’y a pas du tout de flottement. La grosse différence pour nous est que nous avons les produits pour aider les entreprises (les plateformes de prêts ont eu le droit d’octroyer des PGE fin avril, soit un mois après les banques, ndlr). Ce qui est moins bien, c’est que ce confinement remet un coup sur la tête à de nombreux acteurs économiques. Les entreprises avaient bien rebondi à la sortie du confinement en termes de chiffre d’affaires. La reprise a même été plus rapide qu’anticipé. De notre côté, les chiffres étaient bons puisqu’en octobre 2020 nous avons financé 39 PME pour 16 millions d’euros, contre 18 PME pour 8 millions d’euros en octobre 2019. 

Depuis le début de la crise, combien de PGE avez-vous octroyés ? Est-ce la majorité de prêts que vous accordez ?

Nous avons octroyé une centaine de PGE au total. Cela reste la demande majoritaire. Après, tout dépend des géographies où nous sommes présents. En Italie, nous ne faisons que du PGE. En France, on fait des PGE et des prêts classiques. Le mois dernier par exemple, nous avons fait des PGE et des gros prêts avec des acteurs de l’immobilier notamment. Dans les pays où il n’y a pas de PGE tout court, où que nous ne sommes pas autorisés à le faire, comme en Allemagne, nous faisons des prêts.

En septembre, vous avez levé 258 millions d’euros auprès d’institutionnels pour prêter aux TPE et PME. C’était une bonne fenêtre de tir quand on y pense a posteriori… 

Ce n’est pas une fenêtre d’opportunité entre les deux confinements car nous avons négocié cette levée pendant le premier confinement. Nous avons tiré parti de ce que nous avons mis en place au niveau technologique ces derniers mois comme les prêts instantanés pour les projets inférieurs à 250 000 euros et couverts par la garantie de l’Etat. C’est grâce à ça que nous avons levé.

Durant le premier confinement, vous aviez gelé pendant trois mois les remboursements en capital, suite à un vote de vos 21 000 prêteurs. Allez-vous remettre en place un dispositif de ce type ?

“Nous avons octroyé une centaine de PGE au total”

Non. Aujourd’hui, nous faisons du cas par cas. Nous négocions des prolongations pour les entreprises très touchées et leur proposons des PGE. Suite à ces trois mois de gel des remboursements, les entreprises ont bien joué jeu. Plus de 90% d’entre-elles ont continué à payer leurs intérêts. Et à la fin des trois mois, elles ont repris leurs paiements, sauf celles dans les secteurs particulièrement touchés. Au niveau national, on voit qu’il n’y a pas eu d’explosion des taux de défaut. Mais cela ne durera pas éternellement, il y a aura probablement une augmentation des taux de défaut. Certains métiers sont sévèrement touchés.

Vous avez lancé fin octobre des prêts dédiés au secteur du tourisme, justement sévèrement touché. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Il s’agit de prêts allant de 30 000 à 1,5 million d’euros avec un différé de paiement de 18 mois. Ce qui permet à une entreprise d’avoir une respiration puisque son chiffre d’affaires sera très faible dans les prochains mois. Il y a une demande très forte de ces acteurs. Pour le coup, les banques regardent avec beaucoup de scepticisme le secteur du tourisme. Ce nouveau dispositif est tout frais. Nous avons déjà accordé ce type de prêts, mais pas encore versé l’argent. 

Le PGE est finalement prolongé jusqu’en juin 2021, ce qui est une bonne nouvelle pour les entreprises. En revanche, c’est une moins bonne nouvelle pour vous puisque vous n’êtes pas rémunérés sur les PGE…

“Nous proposons au secteur du tourisme des prêts allant de 30 000 à 1,5 million d’euros avec un différé de paiement de 18 mois”

En France, vu notre business model sur le PGE, ce n’est effectivement pas une bonne nouvelle pour nous. En général, si une banque octroie 1 milliard d’euros de PGE, elle enregistre 250 000 euros de chiffre d’affaires net. Entre les différents coûts, la main d’œuvre, le coût du risque associé et les 10% de garantie, la balance est assez violente. Cependant, il y a des pays, comme l’Italie, où nous pouvons marger normalement.

Avez-vous identifié des relais de croissance pour pallier cette situation ?

On parle depuis plusieurs années de la digitalisation des banques. Aujourd’hui, c’est plus vrai que jamais. Les établissements traditionnels financiers doivent travailler à distance et doivent proposer une offre de prêt différente. Nous allons prochainement annoncer le lancement d’October Connect, une offre destinée aux établissements financiers traditionnels. Depuis quelques temps, nous avons des demandes de banques qui souhaitent utiliser notre boîte à outils. Il y a deux cas de figure. Soit elles veulent notre suite logicielle pour instruire leurs dossiers de prêts. Nous mettrons donc à disposition nos outils avec des développements spécifiques en banking-as-a-service. Soit elles veulent, plus surprenant, nous sous-traiter les dossiers d’un segment de clientèle donné. Et que l’on opère pour leur compte selon leurs instructions.

Lors de notre dernier entretien en avril dernier, vous étiez pessimiste sur la situation économique européenne. L’êtes-vous toujours ?

Aucun pays ne m’inquiète pas. Il y a des pays plus en difficultés que les autres, comme l’Espagne. L’énorme difficulté est d’anticiper l’évolution économique de tout ça. Comment sera la réaction de la consommation ? Nous avons eu une bonne surprise à la sortie du premier confinement. On peut donc s’attendre à un élan de consommation à la fin du deuxième confinement avec des achats immobiliers, des travaux, de la commande des meubles… En tout cas, il faut l’espérer. 

Olivier Goy a fondé October (anciennement Lendix) en 2014. Avant d’entrer dans l’univers du crowdfunding, il a navigué dans celui du private equity. Il est passé chez Partech pendant un an avant de créer sa propre société de gestion 123 Investment Managers en 2000. Il est également trésorier de l’association France Fintech et cofondateur de la fondation photo4food, lancée fin 2019.