Déjà handicapé par la limitation des sorties nocturnes, du tourisme et de l’aviation, le secteur des VTC doit surmonter une nouvelle chute d’activité avec le reconfinement.

JDN. Constatez-vous une baisse moins importante de votre activité qu’au premier confinement, puisque cette deuxième édition est moins restrictive ?

Teddy Pellerin est co-fondateur et PDG de Heetch. © Heetch

Teddy Pellerin. Cela a en effet moins d’impact, car il y a davantage d’activité économique, mais le marché reste tout de même fortement touché. Sur les premiers jours du reconfinement, nous enregistrons entre 30 et 40% de notre activité habituelle, contre seulement 20% lors du premier confinement. 

Quelle est la situation du côté des chauffeurs ? Restent-ils sur la plateforme malgré cette forte baisse d’activité ?

Les chauffeurs ont obtenu gain de cause et sont désormais mieux indemnisés par l’Etat que durant le premier confinement, où ils avaient droit à une aide de 1 500 euros par mois. A présent, ceux qui accusent une baisse de leur chiffre d’affaires d’au moins 50% par rapport à l’année dernière peuvent recevoir une aide allant jusqu’à 10 000 euros, en fonction de leur chiffre d’affaires 2019. Une partie des chauffeurs va donc rester chez eux et ce n’est pas plus mal car nous n’avons pas de trajets à proposer à tout le monde. Mais une autre partie continuera, comme les nouveaux qui n’avaient pas encore réalisé de chiffre d’affaires l’année dernière. Je ne pense donc pas que nous manquerons de chauffeurs.

Le secteur, qui n’avait pas réussi à retrouver ses volumes d’avant la crise, misait beaucoup sur la rentrée pour se rattraper. L’année 2020 est-elle à présent fichue ?

Cela va être compliqué en effet. Mais nous n’allons pas nous morfondre là-dessus. Ce qui sera difficile, c’est 2021. Tout le monde s’attend à ce que ce soit une meilleure année, mais c’est loin d’être fait. D’autant que l’Etat ne pourra pas indemniser éternellement toutes les professions. Je ne pense pas que le début d’année prochaine sera comme cet été avec un fort rebond. Nous nous préparons donc à une année 2021 compliquée. Il faut planifier pour le pire et espérer le meilleur.

Avez-vous des finances assez solides pour surmonter cette période de tumultes ?

“Le marché français du VTC ne grossit pas. Il est peu probable qu’il soit multiplié par deux dans les cinq ans”

Nous avons levé 34 millions d’euros en 2019, donc ça ira, même si nous devons utiliser une partie de cet argent pour des sujets non prévus initialement. Nous avons la chance d’être dans le bon timing et de ne pas faire partie des entreprises qui doivent lever des fonds en ce moment, ce qui n’est pas simple. Nous survivrons à la crise, mais il faudra voir une fois que tout cela sera fini comment nous pourrions grossir plus vite. Il y aura de la consolidation dans le secteur en 2021 et 2022. Ce sera peut-être une opportunité pour récupérer des parts de marché et rattraper le temps perdu.

Au-delà de la crise actuelle, une fois que les sorties nocturnes, le tourisme et les aéroports tourneront à plein régime, le VTC a-t-il encore des relais de croissance, alors que la pratique du télétravail et du vélo sont appelées à se développer de plus en plus ?

Cela dépend où. Ce qu’on voit sur le marché français, c’est qu’il ne grossit pas beaucoup. Il est peu probable qu’il soit multiplié par deux dans les cinq ans. D’autant que si nous arrivions à générer plus de trajets, il nous faudrait plus de chauffeurs, mais les réglementations actuelles visent plutôt à limiter leur nombre. Donc il n’y a plus beaucoup de relais de croissance, c’est pour ça que la compétition est forte : nous voulons tous prendre des parts de marché aux autres.

Si l’on regarde d’autres marchés, comme le Brésil ou le Portugal, où les réglementations sont plus souples et permettent davantage de faire du VTC une activité partielle pour les chauffeurs, le potentiel de croissance est meilleur car nous pouvons toucher davantage de personnes, y compris dans des zones moins denses que les grandes villes. Nous nous apercevons que sur un marché où le VTC dessert  géographiquement 15 à 20% de la population du pays, plutôt que 7% comme en France, cela peut devenir un véritable substitut à la voiture individuelle. On prend de temps en temps un VTC, un vélo, et les transports en commun, et cela peut revenir moins cher que de posséder une voiture. A ce moment-là, le VTC n’est plus une prestation de luxe élitiste comme il l’est en France, même si nous essayons chez Heetch de casser cela. Il y a donc un marché et des relais de croissance chez les gens qui aujourd’hui ne prennent pas de VTC car ils se disent que ce n’est pas pour eux. Mais au vu de la réglementation actuelle en France, cela me paraît impossible d’appliquer cette stratégie en couvrant de plus petites villes.

Teddy Pellerin est le co-fondateur et PDG du VTC français Heetch. Avant de monter la start-up en 2013, il a été directeur commercial pendant deux ans chez Mydeal.ma, l’équivalent marocain de Groupon. De formation d’ingénieur électrique, il a commencé sa carrière en 2008 en tant que chef de projet chez des producteurs d’énergies renouvelables.