Le directeur général de Bolt en France revient sur ses performances en berne durant le confinement et sur ses derniers lancements, un service de vélo électriques avorté et une catégorie de courses VTC au rabais.

JDN. Quelle baisse d’activité constatez-vous depuis le second confinement ?  

Julien Mouyeket est le directeur général de Bolt en France. © Bolt

Julien Mouyeket. Durant le premier confinement, le marché a été fortement impacté, de l’ordre de 70 à 80%. Nous avons ensuite constaté une reprise assez forte sur l’été et septembre, avec un retour de 70% de l’activité. Mais le couvre-feu en octobre a changé la donne : l’activité a connu un nouveau recul de 30 à 40%. Nos chiffes sont similaires à ceux du marché. Nous avons cru fortement en septembre avec des investissements marketing dans l’acquisition de clients et de chauffeurs ainsi que notre lancement à Bordeaux (Bolt était jusqu’ici présent à Paris et Lyon, ndlr). Aujourd’hui, nous constatons à nouveau une baisse, mais moins forte. Je ne peux pas partager le chiffre, mais il est similaire aux tendances du marché (les autres plateformes évoquent des baisses de chiffre d’affaires de l’ordre de 50 à 70%, ndlr). 

L’annonce par le gouvernement d’un déconfinement progressif du pays vous permet-elle d’espérer un retour de l’activité ? 

Nous sommes très optimistes sur le futur de Bolt en France. Nous pensons que ces annonces vont nous aider dès le samedi 28 novembre (début d’une première vague d’allégements du confinement, avec la réouverture de commerces non essentiels, ndlr) à retrouver davantage d’activité. Mais nous  ne savons pas dans quelle mesure les gens vont continuer à utiliser les VTC dans la période qui s’ouvre.  Les mois de fin d’année font normalement partie de la saison haute pour les VTC. Le niveau d’activité sera donc difficile à prévoir. Le plus gros du marché sera retrouvé à partir du 20 janvier lorsque les bars et restaurants seront autorisés à rouvrir si les indicateurs sanitaires le permettent. Il y a une forte corrélation entre l’activité nocturne des citoyens et notre activité. 

Vous avez lancé une option “éco” moins chère que vos courses standards. Comment arrivez-vous à baisser encore les tarifs ? 

“Nous espérons que la réouverture des commerces nous aidera à retrouver de l’activité”

Il n’y a pas de différence notable pour l’utilisateur, mais pour le chauffeur. Il s’agit d’une catégorie optionnelle pour eux. L’idée est de proposer une alternative de revenus à nos chauffeurs pendant les périodes de moindre activité comme le couvre-feu, le confinement, ou les heures creuses de la journée. La tarification est environ 17% moins chère que notre offre classique. Cette option permet une forte acquisition de nouveaux utilisateurs et aide les chauffeurs à trouver davantage de courses.  

N’est-ce pas contradictoire de vouloir aider les chauffeurs en baissant leur rémunération ? Vos utilisateurs ne vont-ils pas tous se tourner vers l’option la moins chère ? 

Puisque c’est une catégorie optionnelle, moins de chauffeurs sont disponibles que sur une course classique. Les temps d’attente sont donc plus longs. Par ailleurs, lorsque nous proposons une course au chauffeur, il sait à l’avance si elle se fera en catégorie éco, mais aussi combien il sera rémunéré et où il ira. Il peut refuser la course sans être pénalisé. Il y a davantage de refus de courses sur cette catégorie, ce qui augmente également les temps d’attente. Nous remarquons que cette catégorie attire surtout les nouveaux utilisateurs : si la majorité des premières courses se font via l’option éco, la majorité des utilisateurs choisissent la catégorie classique dès la seconde course. 

Bolt a annoncé un investissement de 100 millions d’euros dans les services les vélos et trottinettes électriques. Mais pour l’instant, votre stratégie en France est difficile à cerner. Vous avez lancé des trottinettes en 2019 à Paris pour quitter le marché quelques mois plus tard. Rebelote cette année sur les vélos, disparus de la capitale trois mois après leur arrivée en septembre… 

Sur les vélos, nous avons arrêté car la conjoncture et les conditions sanitaires ne permettaient pas de continuer à opérer. Notre offre n’était pas assez développée pour continuer à opérer en proposant le meilleur service possible. Ce n’est pas un choix définitif, cela ne veut pas dire que nous ne reviendrons pas. Nous avons préféré prendre du recul pour potentiellement revenir avec une autre offre. Nous opérions seulement 500 vélos. Demain, si nous décidions de revenir, ce serait avec une flotte bien plus importante. Les tailles de flottes dans l’appel d’offres des trottinettes  à Paris (5 000 appareils par opérateur, ndlr) sont intéressantes. Par ailleurs, vu que le nombre d’opérateurs de vélos électriques à Paris est appelé à augmenter, nous devons aussi voir si un appel d’offres sera organisé.

Julien Mouyeket est le directeur général de Bolt en France depuis juin 2020. Il a participé au lancement de l’entreprise dans l’Hexagone d’abord en tant qu’analyste du marché des VTC en 2017, puis directeur des opérations à partir de 2018. Il travaillait auparavant à la Société Générale en tant qu’analyste fusions et acquisitions.