Comment développer et entretenir une culture d’entreprise lorsque les contacts ne sont que virtuels, comment remplacer l’échange social sur le lieu de travail ? C’est tout simplement impossible.

C’est devenu le nouveau cri de guerre en matière de ressources humaines et d’organisation du travail : “le télétravail va devenir la nouvelle norme”. Décideurs publics ou privés, directeur des ressources humaines, experts de tout poil et commentateurs patentés, chacun y va de son petit couplet qui se prétend visionnaire voire révolutionnaire.

D’une contrainte imposée par ce maudit virus, faisons une opportunité et pérennisons cette situation qui voit les salariés des entreprises, grandes ou petites, travailler depuis leur salon, rivés à leur ordinateur et leur téléphone portable, en chemise habillée et short décontracté, pour tenir avec leur manager, leurs collaborateurs, leurs clients et prospects ou leurs partenaires des réunions Zoom, Teams ou Skype à n’en plus finir.

Un mode de travail à distance hyper cadré, où la spontanéité, le “body language”, l’enrichissement collectif et immédiat a disparu, au profit d’une préparation militaire de chaque réunion et d’un respect absolu des timings afin de pouvoir passer à la réunion suivante.

Il faut certes en passer par là pendant cette période de confinement et tous les salariés font preuve d’une adaptabilité et d’une discipline exemplaires pour y parvenir. Mais, certains beaux esprits voudraient nous faire croire et admettre que cette vie professionnelle à distance va perdurer et que c’est pour notre bien, celui de nos personnes comme celui de nos organisations.

Non sans arrière-pensée d’ailleurs. Immobilière et financière évidemment, certains ayant déjà sorti leurs calculettes pour conclure qu’ils pourraient économiser au moins 30% de leur surface de bureaux. Sans compter les frais annexes (entretien par exemple). Mais aussi arrière-pensée humaine. A distance, voilà une part des tensions collectives et relationnelles, qui sont un des enjeux des ressources humaines en entreprise, qui disparaît. Au salarié de se débrouiller tout seul chez lui à jongler entre son ordinateur, sa machine à laver, le repas à faire cuire, la réunion à préparer et les enfants qui doivent faire leurs devoirs.

Mais au-delà des critiques sur ce nouveau mode d’organisation né de la crise, il est surtout un aspect essentiel que les prometteurs de ce télétravail permanent et institutionnalisé à grande échelle oublient, c’est le bienfait du « travailler ensemble », physiquement, dans les mêmes locaux (dès que cela sera de nouveau possible et en respectant bien sûr encore pour de longs mois les protocoles sanitaires, les gestes barrière, comme toutes les entreprises l’ont mis en place avec célérité et efficacité).

Comment bâtir et entretenir une culture sans se voir, se parler, échanger, construire ensemble, interagir – et pas par écrans interposés, créer et surtout co-créer. La culture d’entreprise virtuelle, ça n’existe pas. Beaucoup de salariés n’aspirent d’ailleurs qu’à une chose (même si c’est parfois avec la crainte de la promiscuité des transports) : revenir au bureau et retrouver leurs collègues qui sont aussi des camarades, voire des amis.

N’enlevons pas la substance de l’échange social sur son lieu de travail qui se conjugue à une émulation constructive au service du mariage entre bien-être des salariés et performance de l’entreprise. Quel bien-être quand on est loin de son entreprise, dans le stress de risquer de rater une réunion en raison de tensions ou problèmes domestiques ? Alors bien sûr, des interrogations demeurent (combien de jour de télétravail à l’avenir par exemple). Mais la question n’est pas là. Ce qu’il faut, c’est retrouver voire recréer une dynamique collective et y réembarquer l’ensemble des collaborateurs.