Bien que l’État mette en place des aides pour soutenir les restaurateurs, ceux-ci sont durement éprouvés par la crise sanitaire. Que pourrions-nous proposer pour aider concrètement la profession?

Le 14 décembre, les professionnels « sacrifiés de la crise sanitaire » étaient dans la rue pour manifester leur inquiétude. Parmi eux, les restaurateurs qui ont dû fermer leurs établissements à deux reprises et ont été touchés par des couvre-feux alors qu’ils n’ont cessé de s’adapter aux différents protocoles sanitaires. Le secteur est fortement éprouvé par cette crise sanitaire et les syndicats représentants la profession estiment que deux tiers des établissements pourraient fermer. Et la date de réouverture du 20 janvier semble de moins en moins certaine. L’État dit vouloir soutenir les professionnels et propose pour cela un panel de mesures pour la plupart inadaptées et court-termistes. Que pourrions-nous faire ?

Une fois le constat dressé que l’État n’aide pas efficacement et suffisamment la restauration, il faut proposer des solutions de sauvetage. Bonne nouvelle : elles existent ! Mais elles doivent être multiples et rapidement mises en place pour fonctionner.

Une TVA de solidarité de 5%

Cette solution pourrait concerner tous les restaurants, quelle que soit leur taille. Au lieu de baisser la TVA, l’augmenter de 5% de manière temporaire permettrait d’alimenter un fonds de solidarité : la collecte se ferait en direct auprès des consommateurs et irait directement sur un fonds de solidarité pour les CHR, l’agriculture, la distribution, etc. Ce fonds devrait être administré par des professionnels des secteurs concernés, conscients des enjeux et des réalités car ancrés sur le terrain. Depuis le début de la crise sanitaire, les Français manifestent leur envie d’aider les commerces de proximité qu’ils apprécient, leurs restaurateurs préférés, etc. Cette TVA solidaire de 5% est un moyen direct de soutenir l’économie en général et plus spécifiquement les secteurs en difficultés. Il ne faut pas oublier que les restaurateurs indépendants n’ont plus de revenus et ne perçoivent rien du tout : aucune aide, aucun chômage. Ils sont dans une situation précaire. Ce fonds aurait le mérite de leur apporter un soutien financier direct.

Une incitation des assurances à jouer le jeu

Si le gouvernement décrétait que le virus était une catastrophe naturelle, les assurances seraient dans l’obligation de payer les pertes d’exploitation des restaurants qu’elles accompagnent. Aujourd’hui, les restaurateurs continuent bel et bien de payer leurs assurances alors même que leurs établissements sont fermés. Nous parlons d’une somme non négligeable d’environ 600 euros par mois pour un restaurateur indépendant, ce qui n’est pas rien au vu de ce qu’il perd. Les rares procès qui ont eu lieu pour le moment se sont toujours soldé par la victoire de l’assureur.

Renforcement des achats denrées éco-responsables par l’octroi d’un bonus économique

Inciter les restaurateurs à acheter des denrées éco-responsables, c’est-à-dire produites en France par exemple pour faire vivre les autres secteurs en difficulté comme l’agriculture ou une partie de la distribution, permettrait de rester dans un cercle vertueux qui profiterait à tous : le restaurateur, incité économiquement, fait une action qui valorise la consommation locale, le circuit court, la production « propre » et bénéficie directement à ceux qui s’engagent. Ce bonus économique pourrait prendre la forme d’une réduction de l’impôt sur la société (IS) sur la base d’un volume d’achats certifiés éco-responsables et représentant au moins 20% du volume total des achats.

Amortissement des Prêts Garantis par l’État (PGE) sur 10 ans et franchise de remboursement d’au moins 2 ans 

Dispositifs intéressants à court terme, ces PGE ne sont en réalité accessibles qu’aux restaurateurs notés au moins 5+ à la Banque de France. Sont éliminés de la course au PGE ceux qui sont mal notés, pas connus de la Banque de France ou dont les bilans n’ont pas été publiés, à savoir l’immense majorité des restaurateurs indépendants. Si c’est une vraie aide à court terme pour soutenir les sociétés impactées par les fermetures administratives, elle soulève deux problèmes. Le premier c’est celui de son remboursement : les gains ne seront pas suffisants dans 12 mois (report du début du remboursement autorisé à ce jour) face aux pertes et dépenses. L’excédent brut d’exploitation (résultat du CA auquel on soustrait coût social, coût marchandises, effort locatif et frais généraux) devra être en croissance à ce moment-là, ce qui relève de l’impossible. Le remboursement du PGE doit être décalé le plus tardivement possible : il faudrait que la franchise de remboursement soit d’au moins 2 ans et puisse encore être repoussée pour permettre aux sociétés de ne pas être trop ralenties dans la phase de reprise du fait des charges liées aux reportes des dettes fiscales et locatives auxquelles s’ajoutent les annuités de PGE. Un amortissement sur 10 ans permettrait un avenir plus pérenne à la profession. Deuxième problème conséquent du PGE : il s’agit de nouvelles dettes qui impacteront directement les ratios d’endettement des sociétés, à moins que la Banque de France et les banques ne décident d’une comptabilisation distincte de ces dettes. Pouvoir remplacer ces lignes de prêt par un prêt participatif voire, dans certains cas, par une entrée au capital permet de comptabiliser une dette en fonds propres. Par ailleurs, tant que la Banque de France notera tout le monde avant d’accorder ses prêts, peu en CHR en bénéficieront et il serait idiot de croire que les autres établissements bancaires accorderont plus facilement leur confiance en second recours.

Dans l’ensemble la France a mis en place un dispositif d’aides assez conséquent pour le secteur de la restauration mais leur mise en œuvre et leur octroi butent sur les critères parfois incohérents de l’administration (la demande du Fonds de Solidarité se fait via ses coordonnées personnelles sur le site des impôts par exemple). Les dispositifs mis en place aujourd’hui sont limités par leur complexité administrative, le processus de demande est très complexe et peu intuitif pour des dirigeants d’entreprise, suffisamment esseulés face à la gestion de la crise. Dans son dispositif, le gouvernement ne propose ni des outils simples et efficaces ni des mesures générales de report automatiques des échéances fiscales et sociales. Ces points de réglage faciliteraient grandement la gestion de la crise Covid par les sociétés, leur laissant un temps précieux pour organiser la reprise ou travailler à la révision de leur business model. Il est urgent de proposer des aides efficaces et immédiatement disponibles aux restaurateurs, notamment aux indépendants, car tous doivent continuer à payer leur loyer et leurs assurances (sans le poids nécessaire pour négocier des plus petits), les congés payés, les frais généraux (8 à 12% du CA annuel HT), etc. Des solutions existent, il faut les mettre en œuvre !