La directrice générale adjointe de la banque en ligne revient sur les records enregistrés sur certaines activités comme le courtage et esquisse ses priorités pour 2021.

JDN. Quel bilan tirez-vous de l’année 2020 pour Boursorama ?

Aurore Gaspar, directrice générale adjointe de Boursorama. © Boursorama

Aurore Gaspar. C’était une année exceptionnelle à plusieurs titres. Dans le cadre du premier confinement, nous avons été en capacité de montrer que notre modèle était résilient, que toutes les fonctionnalités ont toujours été accessibles pour nos clients, et ce, avec des équipes qui travaillaient majoritairement depuis leur domicile. Nous avons fait une année record. Nous avons accueilli plus de 540 000 nouveaux clients en 2020, dont 120 000 rien qu’en octobre et novembre. Et comptons donc plus de 2,6 millions de clients à fin 2020. Surtout, nous avons la capacité de les équiper et de générer du PNB (produit net bancaire, ndlr). Notre gamme est composée de 30 produits et 1 000 fonctionnalités. L’encours avoisine les 40 milliards d’euros (33 milliards d’euros fin 2019, ndlr). Cette année a aussi été exceptionnelle en Bourse avec le retour des investisseurs individuels. Ils se sont rendus compte que les placements sans risque ne donnaient plus de rendement. A fin octobre 2020, nous avons ouvert plus de 120 000 comptes titres et exécuté plus de 5,2 millions d’ordres. 

Lors du premier confinement, vous nous aviez dit que certaines activités étaient en baisse comme le crédit conso et le crédit immobilier. Qu’en est-il à fin 2020 ?

2020 a été une très bonne année côté crédit immobilier avec 3 milliards de production. Nous avons atteint les objectifs que nous avions fixés avant le Covid. En fait, il y a eu un effet de rattrapage dès la fin du confinement. Et pendant le deuxième confinement, il n’y a pas eu de coup d’arrêt en termes de visite et de signature car les notaires étaient équipés en signature électronique. Sur le crédit à la consommation, la production a été moins importante car les gens ont laissé plus d’argent sur leur compte courant. Ce n’est pas propre à Boursorama mais à l’ensemble du marché. 

Vous avez sorti de nombreux produits ces derniers mois. Etait-ce prévu dans la roadmap ou avez-vous accéléré en raison du contexte particulier ?

“2020 a été une très bonne année côté crédit immobilier avec 3 milliards de production”

Oui c’était prévu. Nous avons l’habitude de sortir beaucoup de produits en fin d’année. En seulement trois semaines, nous avons lancé une assurance habitation 100% en ligne, une nouvelle carte en métal, et une plateforme de bons plans exclusifs baptisée The Corner. Le seul lancement que nous avons accéléré, pendant le premier confinement, était l’enrôlement de la carte virtuelle. Cela permettait d’utiliser sa carte bancaire en ligne avant de recevoir sa carte physique. 

En termes de revenus, êtes-vous parvenus à vos objectifs ?

Nous sommes au-dessus de nos objectifs. Nous avons fait une année exceptionnelle sur les plans commercial et financier, avec 35% de croissance de nos revenus à fin septembre 2020. Nos frais généraux sont restés flat à 1%. Notre coût du risque est en baisse de 6%. Notre résultat net sera meilleur qu’attendu.

2020 a été l’année des néobanques pour les TPE et PME. Bousorama va-t-elle se lancer sur ce segment ? 

Boursorama compte 800 salariés qui doivent gérer 2,6 millions de clients. Il faut donc gérer des priorités. Et c’est une offre que nous n’avons pas priorisée. En revanche, nous avons une offre pour les entrepreneurs individuels qui permet d’avoir un compte perso et pro dans le même espace pour 9 euros par mois.

Fin 2020, N26 et Revolut ont toutes deux lancé des offres intermédiaires (4,90 et 2,99 euros par mois). Est-ce suffisant pour capter de nouveaux utilisateurs selon vous ?

“Notre coût du risque est en baisse de 6%”

Je constate que nous avons un positionnement stratégique très différent. Chez Boursorama, nous adressons tous les clients particuliers en leur proposant une offre complète. Ensuite, nous parions sur le fait que si le client nous rejoint, il va consommer notre offre, c’est-à-dire faire des dépôts, contracter un crédit, investir en Bourse, souscrire à une assurance-vie… N26 et Revolut, qui ont commencé avec des offres portées sur l’international restent très focalisées sur le paiement. Dans le contexte de la chute drastique des paiements internationaux, elles ont probablement un problème de business model et doivent tarifer différemment. Mais ce n’est pas pour toucher un nouveau segment de clients. Chez Boursorama, nous avons couvert tous les segments de clients particuliers et n’avons donc pas de réflexion similaire en la matière.

Quelles sont vos priorités pour 2021 ? 

Continuer à acquérir des clients sur le marché français. Nous avons récemment annoncé l’objectif de plus de 4 millions de clients en 2023. En termes d’offres, nous avons déjà beaucoup de choses sur étagères mais nous allons nous focaliser sur certaines verticales comme le paiement, l’épargne, la retraite ainsi que sur les outils qui permettent de rendre le client encore plus autonome comme les chat bot et call bot.

Vous avez également annoncé une rentabilité de plus de 25% en 2025. Comment comptez-vous y parvenir ?

Pour atteindre les 4 millions de clients d’ici trois ans, nous avons extériorisé 230 millions d’euros de pertes. Mais c’est surtout un investissement. A partir de 2024, notre stratégie sera de ralentir la conquête et de passer dans une phase de rentabilisation. Mécaniquement, notre rentabilité s’améliorera en raison de la baisse du coût d’acquisition (le coût d’acquisition actuel n’est pas communiqué, ndlr) qui grève actuellement notre PNB et de l’augmentation de l’équipement de nos clients, sur la partie épargne, l’assurance-vie et les crédits notamment.

Aurore Gaspar est directrice générale adjointe de Boursorama depuis janvier 2018. Avant de rejoindre cette banque en ligne, elle a passé près de 14 ans au sein du groupe Société Générale (dont Boursorama est une filiale). Elle a notamment été directrice adjointe du département payment and cash management.