Le directeur général de Salto fait un premier point d’étape, six mois après le lancement de l’offre de SVOD de TF1, France Télévisions et M6.

JDN. Salto s’est lancé il y a près de six mois. Quel est votre bilan ?

Thomas Follin est le directeur général de Salto. © S. de P. Salto

Thomas Follin. Le seul chiffre que je peux vous communiquer, c’est celui d’une étude réalisée par l’Ifop, qui nous attribue un abonnement sur 5 pris en France au dernier trimestre 2020. Salto a donc contribué, dès son lancement, à 20% de la croissance du marché de la SVOD. Nous sommes dans une très bonne dynamique.

Le fait que vous proposiez un mois d’abonnement gratuit alors que Netflix et Disney+ ne le font plus ne fausse-t-ils pas un peu ce chiffre ?

Non, car Disney avait encore sa semaine d’abonnement gratuite à l’époque du lancement. Et Netflix propose encore à certains utilisateurs un mois gratuit dans une logique d’AB testing. Ceci étant, nous ne communiquons sur notre nombre d’abonnés ou le nombre d’utilisateurs qui restent abonnés après la période d’essai. Mais je peux vous dire qu’on est sur une pente croissante, au-dessus de nos prévisions, et qu’il n’y a pas de chute des audiences après le premier mois d’essai. Les usages sont bons et c’est une bonne nouvelle car ça ne sert à rien de recruter du monde si personne ne vous utilise derrière. Nos abonnés viennent quasi quotidiennement et restent en moyenne 2 heures par jour. Ce ratio monte à 2h20 les week-ends et est en croissance mois après mois. Enfin, l’étude que j’évoquais plus haut nous positionne en troisième position du marché de la SVOD, derrière Netflix et Amazon, en termes d’attractivité de l’offre.

Suffisant pour convaincre les Français de sortir le portefeuille ?

En France, on n’est qu’à 1,8 abonnement par foyer selon NPA Conseil, mais cela va augmenter. Comme aux Etats-Unis où l’on compte en moyenne 2,8 abonnements SVOD par foyer pour le moment et où l’on en prévoit 4 dans les prochaines années. Il y a encore la place pour d’autres acteurs que Netflix.

Qu’est-ce qui distingue Salto de Netflix ou Prime Video ?

On a fait un pari audacieux : réunir le meilleur de la télévision et du streaming au sein d’un même endroit. Il y avait, jusqu’à l’arrivée de Salto, un vrai décalage entre l’essor de ce nouveau mode de consommation qu’est le streaming et l’offre des acteurs français. 80 des 100 premières audiences de la télévision ont été effectuées par des programmes locaux l’année dernière en France. Alors que ces derniers contribuaient à seulement 3 des 100 meilleures audiences de la SVOD sur la même période. Vous pouviez accéder à la plupart des programmes français en replay, à l’instant, mais n’aviez pas le moyen de consommer l’intégralité de ces programmes, saison après saison, sans publicité. C’est ce que permet Salto. On s’extirpe des contraintes de programmation liées au linéaire, qui impose à un téléspectateur d’être devant son écran de télévision à 21 heures pour découvrir la dernière série de TF1, par exemple. On fait même le pari de proposer certains programmes avant leur diffusion linéaire. Ça peut être quelques semaines ou mois pour une série étrangère, 48 heures pour l’épisode quotidien d’une série française.

Comment vos actionnaires s’y retrouvent-ils ?

“Salto nourrit le linéaire et inversement”

Ils réussissent à toucher une nouvelle génération qui consomme la télévision différemment. L’utilisateur Salto est beaucoup plus jeune que le téléspectateur lambda. On compte 50% de moins de 35 ans chez Salto et un peu moins de 20% de plus de 50 ans. L’âge moyen en télévision oscille autour des 67 ans. C’est d’autant plus intéressant que Salto leur permet de construire des cycles d’exploitation hyper vertueux. Salto nourrit le linéaire et inversement. On voit que la diffusion, un mois avant sa sortie sur TF1, d’une nouvelle série sur Salto permet de créer le buzz autour du programme. Elle n’entrave en rien le succès de la diffusion prime-time qui, si le programme est bon, fera aussi un carton et donnera un nouveau souffle à l’offre de Salto. On observe d’énormes pics d’abonnements après la diffusion en TV d’un programme comme “Marié au premier regard” ou “Demain nous appartient”. Simplement parce qu’à la fin de l’épisode, on rappelle au téléspectateur qu’il peut dès à présent regarder la suite sur Salto. Cet élargissement du cycle d’exploitation des programmes nous permet d’investir plus d’argent dedans.

Salto a démarré avec 10 000 heures de programmes et a prévu d’augmenter les contenus inédits. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

On propose entre 12 et 13 000 heures de programmes aujourd’hui. On a investi dans Germinal, aux côtés de la Rai et France TV, ou dans Pandore, un thriller politique belge. Un autre programme, intitulé La Secte, est en cours de développement. On monte de plus en plus au financement de programmes.

Vous êtes également arrivés en TV, sur la TNT plus précisément. Pourquoi et comment ?

Le device où Salto est le plus consommé est la télévision. On a, depuis le lancement, multiplié les annonces à ce sujet, avec un accord avec Bouygues Telecom, une version Android disponible sur Freebox Pop et une version Samsung TV. Le lancement d’une chaîne TNT nous permet de toucher les 20% de foyers français qui consomment la télévision par ce biais. Ils accèdent sur le canal 50 à un guide des programmes qui les renvoient vers la chaîne concernée s’ils choisissent un programme diffusé en live, ou vers Salto s’ils choisissent une avant-première ou un replay. L’interface de Salto leur est directement accessible depuis le canal 51. C’est une expérimentation de 6 mois que nous espérons pérenniser.