Entreprises, voici comment comptabiliser vos cryptomonnaies Que vous diversifiez votre trésorerie, payez ou receviez de l’argent en bitcoin ou en ether, il faut appliquer quelques principes pour avoir un bilan en règle.

Clôturer son bilan comptable, c’est une chose. Le clôturer avec des cryptomonnaies en est une autre. Alors que de plus en plus d’entreprises se plongent dans le bitcoin, ether & co, les experts-comptables doivent aussi naviguer, malgré eux, dans ce jeune secteur. En plus de devoir apprendre un nouveau vocabulaire, il faut aussi le traduire en langage comptable. Pour y voir plus clair, le JDN a interrogé des experts-comptables et entrepreneurs crypto sur les cas les plus courants, à savoir l’investissement de crypto pour diversifier sa trésorerie, le paiement et la réception de cryptomonnaies. Voici quelques conseils et méthodes à appliquer pour rester à flots.       

Trouver un expert-comptable connaisseur

Aujourd’hui, encore très peu d’experts-comptables connaissent le secteur des cryptomonnaies. Si vous êtes une entreprise, demandez à d’autres sociétés du secteur si elles connaissent un expert-comptable à l’aise sur ces sujets, et si vous êtes un cabinet, parlez-en à des confrères. “Il ne faut pas s’aventurer dedans si on ne maîtrise pas la sujet”, estime Stéphane Benayoun, expert-comptable chez SBP. Pour défricher le terrain, il existe des solutions qui permettent de calculer et déclarer ses plus-values très rapidement comme Cryptio et Waltio. Ce dernier commercialise une plateforme aux conseillers en gestion de patrimoine, avocats, traders professionnels et particuliers. Et envisage de proposer une offre pour les entreprises qui diversifient leur trésorerie avec des cryptomonnaies. 

Bien répertorier toutes ses transactions

Que vous ayez investi, payé ou reçu des cryptomonnaies, il est impératif de bien recenser toutes vos opérations pour faciliter ensuite le travail de votre expert-comptable (ou de votre DAF). Si vous passez par une plateforme d’échange crypto, demandez-lui s’il est possible de récupérer un relevé de toutes vos transactions. Le courtier français Coinhouse fournit par exemple à ses clients des factures détaillées pour chaque opération (avec les commissions, prix…). Ses clients premium reçoivent quant à eux des bilans d’investissement en fin d’année pour leur comptabilité et déclarations fiscales. 

“Il faut déterminer manuellement les plus ou moins-value pour chaque opération”

Si vous n’avez pas de relevé, et surtout, si vous avez plusieurs comptes (appelés wallet dans le jargon), à votre stylo. “Il faut suivre les opérations d’échange manuellement et déterminer manuellement les plus ou moins-value pour chaque opération”, indique Fabrice Heuvrard, expert-comptable. Quand vous avez peu de transactions, cette partie reste assez simple, mais “quand on en achète tous les jours, cela devient une usine à gaz”, souligne Stéphane Benayoun. Pour être sûr de ne louper aucune transaction, Fabrice Heuvrard a développé un outil maison. “J’ai synchronisé l’intégralité des blockchain Bitcoin et Ethereum afin de suivre les opérations de mes clients”, explique l’expert-comptable.

S’accorder sur une cotation

Il n’existe pas de cours officiel dans le monde des cryptos, contrairement au marché actions. Sur ce point, nos interlocuteurs ont tous leurs méthodes. Le cabinet SPB se base sur les cours du site spécialisé Coingecko. “D’un point de vue du droit comptable, il faut prendre la même base à chaque fois”, souligne Mathieu Abraham, manager chez SPB. Messari et CoinMarketcap sont aussi réputés dans le secteur. L’autre option consiste à calculer une moyenne des cours des plateformes crypto existantes mais ceci est évidemment fastidieux. L’entreprise française Kaïko en a fait sa spécialité. Elle a développé une API qui fait cette moyenne des prix. “Au moins, vous êtes sûr qu’il n’y a pas d’erreur dans leur fichier. Et vous n’avez plus qu’à le mettre dans l’annexe comptable”, précise Fabrice Heuvrard.

Comptabiliser tout en satoshi

Si vous investissez dans du bitcoin, il va être difficile de rentrer le montant exact dans un logiciel de comptabilité puisque la star des cryptomonnaies compte huit chiffres derrière sa virgule… alors que les logiciels comptables s’arrêtent à deux. Les professionnels conseillent donc d’indiquer les montants en satoshi (la plus petite unité de bitcoins). 100 000 satoshis valent par exemple 0,001 bitcoin. A noter que les autres cryptos ont aussi des subdivisions.

Détailler les opérations

Conversion oblige, il faut nécessairement inscrire plusieurs lignes dans la comptabilité, et pas seulement le montant réglé ou reçu en monnaie fiduciaire. “Certains confrères ne mettent que le montant en euros. En cas de contrôle, cela se passera mal. Car si la plus-value n’est pas notée, il n’y a donc pas de fiscalité”, fait remarquer Fabrice Heuvrard.

“On suit le stock de crypto comme on suit un stock de marchandises”

Pour un achat par exemple, il faut donc inscrire le montant en euros investis, les frais de transactions, la contre-valeur en cryptomonnaie. “Tant que vous restez dans la crypto, vous êtes plus proche d’une notion de stock que de monnaie. Il n’y a pas de réactualisation, pas de plus ou moins-value latente et pas fiscalité attachée. On suit le stock de crypto comme on suit un stock de marchandises”, résume Stéphane Benayoun. 

Si une entreprise investit dans les cryptos

En cas d’investissement, pour diversifier sa trésorerie, rien de bien compliqué. “Les cryptomonnaies vont être comptabilisées dans les stocks, comme une Sicav. On les met dans des comptes de trésorerie ou pseudo trésorerie. Tant que vous ne vendez pas, c’est simple, il n’y a pas de fiscalité latente. C’est seulement au moment où elle va quitter la crypto que ça va devenir une fiscalité latente”, explique Mathieu Abraham. En cas de cession, il faut donc calculer la plus ou moins-value et utiliser la méthode FIFO, first in first out. Vous sortez d’abord le bitcoin acquis en janvier, puis celui en mars, puis celui novembre par exemple. L’aventure ne s’arrête pas là. “Il faut ensuite rapatrier les fonds de la plateforme vers votre compte bancaire. Souvent, les sociétés n’arrivent pas à rapatrier les fonds car les banques refusent de recevoir le virement”, alerte Fabrice Heuvrard. Parlez-en donc à votre banquier avant.

Si une entreprise reçoit des paiements en cryptomonnaies

De plus en plus de marchands acceptent le bitcoin ou autre comme moyen de paiement. Si vous utilisez des solutions clés en main comme Bitpay ou Utrust, pas d’inquiétude, elles s’occupent de la conversion. Vous ne touchez alors jamais à un bitcoin. SI vous acceptez directement des cryptomonnaies, c’est forcément plus long. “Comme vous devez émettre vos factures en euros et en français, il faut donc émettre une facture avec la contre-valeur en bitcoin du jour quand vous êtes payés”, souligne Stéphane Benayoun. Le paiement est à inscrire en créance. Si au contraire, vous payez une entreprise en bitcoins, il faut l’actualiser au cours du jour, constater la plus-value et inscrire le tout en dette vis-à-vis du fournisseur.