Longtemps porté par le secteur de l’informatique et des Télécoms, le freelancing change aujourd’hui de visage et s’ouvre à de nouveaux et nombreux secteurs d’activité, touchés eux aussi par la pénurie de profils experts.

L’informatique a longtemps été le secteur privilégié du freelancing. A côté des ESN, pour leurs besoins en profils experts, les entreprises de l’IT ont pris l’habitude de recourir aux freelances. Aujourd’hui la situation évolue : l’accélération de la transformation digitale dans toutes les industries et services accentue les besoins urgents en Talents experts du numérique et du digital au sens large. Les profils spécialisés en Marketing Digital (SEO, SEA, SEM, Growth, etc.) viennent rejoindre les rangs des webmasters et développeurs déjà massivement passés au freelancing.

La transformation digitale et les métiers de la data, nouveaux fers de lance du freelancing

La transformation digitale représente un moment spécifique dans la vie des entreprises, à la fois ponctuel et requérant des compétences très spécialisées, souvent peu présentes en interne et ne justifiant pas une embauche définitive en temps plein. Le recours à des ressources expertes externes s’avère donc particulièrement adapté à cette étape de développement. Et, en ce sens la digitalisation constitue un “paradis du freelancing”.

Or la transformation numérique déjà bien en marche avant la pandémie, est devenue, avec elle, une nécessité urgente. Chacun cherchant un moyen de poursuivre son activité à distance, de monter un magasin en ligne ou de proposer une application. Les entreprises qui ne l’avaient pas encore entamée, se sont donc retrouvées contraintes d’y sauter à pieds joints. Et pour faire face, elles font massivement appel à des indépendants. Cette tendance s’est encore accrue avec la phygitalisation des magasins qui s’est posée et se pose pour de nombreuses enseignes. 

Dans ce contexte, les métiers de UX Designer ou de Traffic Manager sont autant de nouvelles compétences que, faute de candidats, faute de moyens parfois, il n’est pas toujours possible d’internaliser.

Le second phénomène d’ampleur qui explique la croissance du nombre de freelances est à chercher du côté des métiers de la Data. Ils touchent là aussi tous les secteurs d’activité et comptent aujourd’hui parmi les profils les plus recherchés en freelance. Data analyst, data scientists, data miner, data engineer, architecte big data, chief data officer… les professionnels de la donnée informatique sont de plus en plus pointus. Ils croisent et traitent les données récoltées par différents services web, pour aider la prise de décisions stratégiques et créer de nouveaux services. Dans le retail, la collecte, le traitement et l’analyse de données sont devenus un “must have” pour anticiper les comportements des clients et leur proposer une expérience concluante. Ces experts très convoités sont encore peu nombreux et très difficiles à recruter. C’est donc le plus fréquemment en tant que freelance qu’ils exercent. 

Banques, assurance, industrie, RH ou médical, de nouveaux secteurs adoptent aussi le freelancing

Partout où le besoin en profils qualifiés et experts est urgent, et le déficit de candidats criant, le freelancing apparait comme une solution. Même dans des secteurs d’activité traditionnels avec une forte culture du secret et de la confidentialité comme la banque ou l’assurance qui ne s’ouvraient que très exceptionnellement à des modes de collaborations externes, on voit de plus en plus de profils freelances. 

Idem dans l’industrie, où pendant la crise, le recours aux freelances a parfois été le seul moyen de poursuivre les projets et maintenir l’activité sans alourdir la masse salariale, les travailleurs indépendants étant imputés sur le budget achats.

Nous assistons également à l’apparition de profils de chargés de recrutement et fonctions RH (conseil, consultant, coach, etc.) exerçant en freelance. Pour recruter les experts nécessaires à la pérennité de toutes les entreprises, il faut des recruteurs spécialisés qui sont eux aussi trop peu nombreux par rapport aux besoins !

Mais la plus grande nouveauté est sans nul doute l’apparition de missions et de profils freelance dans l’industrie pharmaceutique, les biotechnologies et le médical, où la recherche de flexibilité et d’un meilleur équilibre vie professionnelle et vie personnelle bouleverse les modes d’exercice habituels de l’activité.

L’évolution des mentalités des Talents en faveur du freelancing

Il est à noter que devenir indépendant, n’est pas subi par manque d’opportunités de travail salarié, mais bien un choix dans la majorité des cas. Pourquoi le statut de salarié ne fait-il plus autant rêver ? Pour diverses raisons : être libre de choisir ses missions, gérer son emploi du temps, augmenter ses revenus, et gagner en liberté via l’absence de lien de subordination… Les raisons des salariés de s’orienter vers le travail indépendant sont nombreuses. 

Même s’il s’adapte aux pratiques de son entreprise cliente, un freelance est, de fait, libre de son organisation et de son temps de travail mensuel. Il signe un contrat de prestation pour une mission déterminée, avec une obligation de moyen dans la plupart des cas, et peut décider d’être rémunéré au forfait ou au temps passé en appliquant un Taux moyen journalier (le TJM).

Les profils experts en âge d’occuper un emploi veulent retrouver le fruit de leur travail. Ils n’acceptent plus de se voir imposer des projets sur lesquels ils n’ont pas envie de travailler. Ils préfèrent aller vers le freelancing, choisir leurs missions et projets professionnels pour orienter leur propre carrière. 

La récente ouverture au télétravail a largement permis, à ceux qui le souhaitaient, de poursuivre leurs prestations à distance, parfois même très loin. Ce qui était inimaginable avant la crise sanitaire est devenu possible en quelques jours. Cela durera-t-il ? Si les talents y semblent largement favorable, les entreprises les suivront-elles ?

A noter que le passage de CDI à freelance est facilité par des procédures administratives considérablement simplifiées. On devient autoentrepreneur en deux clics ! A l’inverse, le retour au salariat se produit plus rarement : à savoir qu’une perte d’environ 30 % des revenues est généralement à prévoir. Cela dit, certains projets de vie tels un prêt immobilier, un besoin de stabilité et de garanties sur l’avenir peuvent néanmoins le motiver.

Si le freelancing accélère dans tous les secteurs, il reste réservé majoritairement aux experts et s’avère particulièrement intéressant pour les métiers pénuriques, les talents qui le souhaitent pouvant enchainer les missions sans crainte de manquer de clients.

En France, ce mode de travail est encore en retard en comparaison de la Belgique, l’Allemagne ou encore l’Angleterre, où la flexibilité est plus avancée et les modèles hybrides coexistent depuis plus longtemps. Aux Etats-Unis, 40% de la population active était freelance en 2018, quand la France n’en comptait que 10%. Cette tendance explose également au Canada ou au Maroc. Les perspectives sont donc belles. Les experts et les jeunes générations sont prêts, il reste aux entreprises à accepter de travailler avec des freelances, parfois basés partout et n’importe où… A suivre.